Des Gonzague aux Medicis

Publié le par kate.rene

Une petite étape amico-gastronomique à Veigy-Douvaine, puis nous filons vers le premier spot de ce nouveau voyage : Mantova (Mantoue). Le Airbnb est atypique, c'est le Palazzo Beccaguti Cavriani construit entre la fin du XVe siècle et 1530. Alessio Beccaguti, commandant militaire et ingénieur civil était au service de Francesco II et Federico II Gonzague. À Mantoue, les Gonzague sont partout. La salamandre, leur emblème est décliné à tous les temps. Dans les plafonds à caissons, les blasons, au sol dans les rues, dans les palais. 

La suite que nous occupons est entièrement recouverte de fresques d'époque magnifiquement restaurées. Le parquet marqueté semble également d'origine... Quant au mobilier, il est moderne : deux fauteuils du Corbusier, une grande table en verre de Renzo Piano, des chaises moulées de Ray et Charles Eames, bref, que du beau. Mais un frigo qui ne fait pas de glaçons ! Faute ! D'autant que notre whisky préféré est à 11€. 

Premier jour : le Palazzo Ducale. C'est la résidence officielle des Gonzague. Vanté par le Routard, il ne nous a pas procuré les frissons escomptés mais quelques merveilles tout de même dont un Titien, des Raphaël et d'autres présentés plus ou moins bien. La Vierge au Lapin que nous avons vue est sans doute une copie de l'original du Louvre, mais impossible de retrouver son histoire...

Vierge au Lapin d'après Titien

Vierge au Lapin d'après Titien

Partout, on nous demande le Pass sanitaire, Green Pass en Italie. - c'est tout de même plus joli - (le français n'est pas reconnu par leurs machines mais l'inscription "2 doses" leur suffit). Partout des machines nous prennent la température, 36 pour les deux. Les rues sont pavées de galets ronds, ce qui ne facilite pas le transport en chaise roulante. La ville, entourée d'eau est tranquille, pas beaucoup de circulation, pas beaucoup de bruit. 

Palazzo ducale à Mantova

Palazzo ducale à Mantova

Deuxième jour : le Palazzo Tè. Deux guignols seulement au Routard et pourtant ! Construit et décoré par Giulio Romano, c'est une merveille. C'était la résidence des Gonzague pour "gli onesti ozi", les loisirs honnêtes. En fait, ils y recevaient leurs maîtresses. Les pièces sont décorées de fresques et sont toutes très différentes. Des chevaux, des aigles, des salamandres bien sûr, l'Olympe, autre dada de Federico, et le clou du spectable, la chambre des Géants, une immersion totale dans une des Métamorphoses d'Ovide. Les Géants, fils de Gé, veulent envahir l'Olympe, mais Zeus, aidé de Héra y met bon ordre et la vengeance est terrible. Il balance ses foudres qui détruisent tout sur leur passage. Les Géants sont précipités dans le vide et sont écrasés par les rochers, les colonnes des temples détruits ou noyés par les eaux en furie. Les angles de la pièce ont disparu et tout en haut, la coupole nous montre le siège des dieux entouré de nuages, d'où fulmine Zeus. 

Enfin, le palazzo accueille en permanence Venere, Vénus. Des toiles sont prêtées par les musées du monde entier et changent tous les six mois. 

Nous avons fait connaissance avec le Palazzo Tè grâce à un article de la luxueuse revue de Franco Maria Ricci (léguée par nos amis du bas), puis plus prosaïquement par une série policière italienne "Il Processo" qui est tournée en grande partie à cet endroit (Netflix) . 

 

Troisième jour : la Basilica di Sant'Andrea. Là encore le Routard n'accorde que deux guignols. Nous n'avons pourtant jamais vu une telle perfection dans l'art du trompe l'œil (les photographies n'en rendent pas vraiment l'effet). Tout l'édifice, plafond, colonnes, portes, est recouvert de reliefs en trompe l'oeil si parfait que même à 50 cm, on s'y croirait. Il faut coller le nez sur la paroi pour constater qu'elle est plane. De plus, cette église est l'écrin d'une prestigieuse relique qui n'est autre que le Sang du Christ. Voici l'histoire (vraie !) de cette relique : le soldat romain qui cloue le Christ sur la croix est pris de repentir. Une fois son boulot achevé, il recueille la terre imbibée de sang au pied de la croix, la met dans une amphore qu'il transporte partout avec lui (pas très pratique). Il se retrouve à Mantoue où il subit le martyre et avant de mourir, il réussit à cacher son précieux fardeau. Mais des chercheurs de reliques la retrouvent grâce à quelques "apparitions". Après filtrage de la terre on recueille... le Sang. En 1472, Ludovic II demande à Leon Battista Alberti de construire une nouvelle église pour abriter la relique. Cette dernière est toujours dans la crypte mais on ne peut la voir que sur rendez-vous ou alors le vendredi saint, jour où elle sort de sa cachette. 

Mantegna, autre héros de l'étape y a installé sa dernière demeure. Pour être sûr qu'elle soit à son goût, il l'a peinte à l'aide de son fils. 

Sant'Andrea - Trompe l'œil (même les plafonds à caissons)
Sant'Andrea - Trompe l'œil (même les plafonds à caissons)
Sant'Andrea - Trompe l'œil (même les plafonds à caissons)
Sant'Andrea - Trompe l'œil (même les plafonds à caissons)
Sant'Andrea - Trompe l'œil (même les plafonds à caissons)
Sant'Andrea - Trompe l'œil (même les plafonds à caissons)
Sant'Andrea - Trompe l'œil (même les plafonds à caissons)
Sant'Andrea - Trompe l'œil (même les plafonds à caissons)
Sant'Andrea - Trompe l'œil (même les plafonds à caissons)
Sant'Andrea - Trompe l'œil (même les plafonds à caissons)
Sant'Andrea - Trompe l'œil (même les plafonds à caissons)
Sant'Andrea - Trompe l'œil (même les plafonds à caissons)
Sant'Andrea - Trompe l'œil (même les plafonds à caissons)
Sant'Andrea - Trompe l'œil (même les plafonds à caissons)
Sant'Andrea - Trompe l'œil (même les plafonds à caissons)
Sant'Andrea - Trompe l'œil (même les plafonds à caissons)

Sant'Andrea - Trompe l'œil (même les plafonds à caissons)

Outre ses merveilles architecturales et picturales,  Mantoue regorge de magasins de mode et de chaussures magnifiques et de spécialités culinaires, pas toutes "à tomber". Évidemment il parmiggiano reggiano qui vient du coin, la mortadelle mortelle, la mostarda di Mantova, sorte de chutney excellent, et une torta di tagliatelle, tarte sucrée  faite de pâtes, eh oui, et d'amandes, pas bon !

la torta di tagliatelle

la torta di tagliatelle

Quatrième jour : il museo diocesano. Nous y sommes presque seuls. Tableaux et objets religieux dans une muséographie étonnamment moderne avec des QR codes sur chaque œuvre. Un cadre doré nous intrigue ; il est posé sur une étagère un peu défoncée et n'encadre que ce texte : "29 maggio 2012 Ore 9". Après une courte recherche, nous avons compris qu'il s'agit de la première secousse du tremblement de terre qui a fait plusieurs morts et causé l'écroulement de la coupole de l'église Santa Barbara. 

 

Il museo diocesiano
Il museo diocesiano
Il museo diocesiano
Il museo diocesiano
Il museo diocesiano
Il museo diocesiano
Il museo diocesiano

Il museo diocesiano

Nous buvons un cappuccino en face de la  Tour de l'Horloge avant de retourner à Sant'Andrea pour voir le tombeau de Mantegna qui est malheureusement dans l'ombre. Les bas-reliefs en trompe l'œil nous époustouflent une dernière fois. 

Une autre tour remarquable à Mantova : la torre della gabbia, la tour de la cage. On enfermait des condamnés dans cette cage en plein vent, accrochée à mi-hauteur, pour les exposer à la vindicte publique...

Dernière soirée dans notre suite pleine de fresques. 

Torre della gabbia

Torre della gabbia

Samedi, un peu de ménage puis départ vers Florence pour de nouvelles découvertes. 

L'arrivée est un peu chaotique. Notre rue et son sens de circulation déconcertent notre GPS et nous devons tourner un certain temps avant de pouvoir nous arrêter devant la porte pour déposer les bagages en bouchant la rue. Impossible de trouver une place de parking. Nous nous résolvons à gagner le parking indiqué par notre hôte, bien loin de l'appartement que nous regagnons en taxi. 

Dimanche matin

Le son des campane de Santa Crocce toute proche emplit l'appartement. Le soleil inonde la terrasse. René est parti faire la spesa. J'en profite pour ouvrir les tiroirs, les placards, tellement nombreux que je ne m'y retrouve pas. Il y a des "trucs" partout. Difficile de savoir s'il manque quelque chose. 

Essai de visite de Santa Croce. La fila fait des kilomètres. Il faut dire que nous avons mal choisi l'époque. Entre la toussaint, halloween et les commémorations du 4 novembre italien, il est difficile d'éviter la foule. Le Jonglez nous apprend que le football est né ici, sur la place Santa Croce à la Renaissance. Les équipes étaient constituées par les joueurs des quatre quartiers de Florence. Les joueurs âgés de 18 à 45 ans étaient issus de familles nobles et étaient revêtus de riches costumes. La place était pour la circonstance recouverte de sable. Les deux disques en photo ci-dessous matérialisaient de chaque côté de la place le centre du terrain.  La tradition a été maintenue. En 1575, un match fut organisé par des marchands florentins à Lyon. Cet évènement fut commémoré en 1998 par le Mondial de football en organisant une rencontre entre Florence et Lyon. En 2006, la partie dégénéra en pugilat. Ce fut la dernière rencontre.

 

le foot à Florence
le foot à Florence

le foot à Florence

Nous arpentons quelques ruelles - les pavés sont inégaux - photographions le témoin du niveau des inondations historiques de Florence (4 mètres au-dessus du sol de la place Santa Croce) et rentrons après un excellent spritz et une visite de l'église (volée car c'est l'heure de la messe) ; l'entrée est gratuite et la foule a disparu.  

Niveau de l'Arno
Niveau de l'Arno

Niveau de l'Arno

Mardi : gli Uffizi. C'est un peu le parcours du combattant pour trouver l'entrée, faire valider les billets pourtant achetés sur internet. Nous avons commencé par une erreur et fait la queue pour... le musée du Palazzo Vecchio. Pass sanitaire, prise de température, masques et enfin ! longues galeries aux plafonds peints merveilleux et jalonnées de statues.  Succession de Titien, Giorgione, Bellini, etc. Mais mis à part les incontournables Botticcelli (Naissance de Vénus et Le Printemps), l'Accademia de Venise n'a pas à rougir. Déjeuner sur la terrasse, puis suite de la visite. Nous rentrons fourbus. 

Mercredi, ballade jusqu'au duomo. Tout pour la façade. Hormis la coupole de Bruneleschi, l'intérieur n'a pas grand intérêt. Ne pas manquer la porte du baptistère. 

Deux détails de la porte du baptistère
Deux détails de la porte du baptistère

Deux détails de la porte du baptistère

Jeudi, départ vers Milan. L'appartement est superbe. Deux ascenseurs, deux salles de bain et tout ce qu'il faut. 

Vendredi, visite de la cathédrale. Gothique blamboyant à l'extérieur, intérieur plus sobre mais grandiose. Des vitraux mélangeant l'histoire de Milan et les récits bibliques. Pour la petite histoire, les vitraux du bas-côté gauche ont été détruits par les salves tirées en l'honneur de Napoléon ! Encore un méfait du petit homme. Une étonnante sculpture de Marco d'Agrate représentant le martyr de Saint Barthélémy. Il est écorché et porte sa peau. Le sculpteur a signé : Ce n'est pas Praxitèle qui m'a sculpté mais Marco d'Agrate. Un peu prétentieux, non ?  

Duomo à Milan
Duomo à Milan
Duomo à Milan
Duomo à Milan
Duomo à Milan
Duomo à Milan
Duomo à Milan
Duomo à Milan
Duomo à Milan

Duomo à Milan

Nous enchaînons avec le Museo del Novecento. Superbe, à taille humaine et rempli de merveilles. L'accès à une partie du musée est gratuit car il abrite une toile historique pour les italiens, Il Quarto Stato (Le quart-état, en fait, le prolétariat). Après de multiples mises à l'écart dues à son sujet contestataire, la toile est devenue iconique ; elle figure dans tous les livres d'histoire italiens. 

Il Quarto Stato de Giuseppe Pellizza da Volpedo (1901)

Il Quarto Stato de Giuseppe Pellizza da Volpedo (1901)

Une exposition temporaire nous fait découvrir un peintre italien du XXe, Mario Sironi. Nous ne connaissions pas, quelle erreur. Son œuvre traverse tous les courants picturaux qu'il a connus durant sa vie. À noter Picasso, De Chirico, Braque, Morandi, Modigliani, etc. 

Mario Sironi

Mario Sironi

Nous nous sommes déplacés en tram. Un très bon point pour Milan, les transports sont très bien organisés, la ville est très sympathique, bref, j'aime Milan. 

Samedi : Il fallait traverser la Galleria Vittorio Emanuele II avec sa verrière et son dôme tout de verre et d'acier. On raconte que son architecte se serait suicidé en se jetant du haut de ce dôme par dépit : Vittorio Emanuele n'avait pas assisté à l'inauguration ; d'autres disent qu'on l'aurait un peu aidé à tomber.  Petit passage devant la Scala, là où nous aurions dû voir Turandot si EasyJet avait consenti à nous propulser dans les temps. Sur le côté, une toute petite boutique qui fournit en ballerines les danseuses de la Scala, Porselli avec achat, forcément d'une paire de scarpe en panthère. Puis direction la Pinacoteca Ambrosiana. Titien, Luini, Botticelli, Véronèse, Léonardo da Vinci, une magnifique corbeille de fruits du Caravage et surtout un carton préparatoire grandeur nature de Raphaël pour la fresque monumentale de l'École d'Athènes qui se trouve au Vatican. Une vidéo en explique la technique et l'on peut voir sur le carton les trous d'épingle qui, une fois saupoudrés de poudre de charbon, font un calque sur la surface à peindre. Rien que cela vaut la visite. 

Adam et Ève chassés du paradis terrestre -Brueghel Jan II Brueghel il Giovane (1601-1678) - Ambrosiana

Adam et Ève chassés du paradis terrestre -Brueghel Jan II Brueghel il Giovane (1601-1678) - Ambrosiana

Corbeille de fruits - Le Caravage

Corbeille de fruits - Le Caravage

Raphaël, carton pour l'École d'Athènes
Raphaël, carton pour l'École d'Athènes

Raphaël, carton pour l'École d'Athènes

Dimanche, nous fuyons le quartier du Duomo envahi par la foule. De la fenêtre du tram, nous voyons une queue interminable pour... un magasin de jouets ! Petite collation sicilienne puis direction la pinacoteca di Brera.  Attention chefs d'œuvre ! impossible de tout décrire, c'est fantastique. Du XVe au XIXe, il y a tout. À noter le Christ mort de Mantegna, des Tintoret, Véronèse, Titien, Bellini, Carpaccio.......... Ne pas oublier Le Baiser de Francesco Hayez, dont nous avions déjà remarqué la Destruction du temple de Jérusalem à Venise. 

Dans quelques salles, au milieu de grandes toiles de la renaissance, des panneaux avec des toiles d'art moderne français et italien (Picasso, Braque, Modigliani, etc.)

La cerise sur le gâteau, j'ai fait le tout dans une chaise roulante motorisée. J'ai fait le parcours plusieurs fois !

Cima da Conegliano - Saint Pierre Martyr avec les saints Nicolas et Benoît 1505-1506 - deux détails
Cima da Conegliano - Saint Pierre Martyr avec les saints Nicolas et Benoît 1505-1506 - deux détails

Cima da Conegliano - Saint Pierre Martyr avec les saints Nicolas et Benoît 1505-1506 - deux détails

Dans la cour, une statue de Napoléon... nu ! Il est très grand, le sculpteur devait être aveugle. Des inconnus qui n'ont pas bien lu l'histoire ont déposé des roses rouges sur le socle. Le Routard signale la taille démesurée de la feuille de vigne...

Le petit homme en grandeur pas nature
Le petit homme en grandeur pas nature
Le petit homme en grandeur pas nature

Le petit homme en grandeur pas nature

Le lundi n'est pas propice aux visites. Il nous reste la Fondation Prada (deux guignols sur le Routard). Les bâtiments sont beaux, heureusement. Les dix étages de la tour sont desservis par un ascenseur magnifique quoiqu'un peu lent. Vitré, il permet de dominer Milan. À chaque étage, un "capolavoro" (sic). Le ton est donné dès le deuxième avec un bouquet géant de Jeff Koons, puis du Damien Hirst, puis d'autres trucs comme des bacs remplis d'eau, des champignons qui tournent, un labyrinthe dans le noir, etc. Quand la veille on a visité Brera (même prix d'entrée, 15€), on ne peut que se moquer de soi. Quelle imposture ! Comment l'art a t-il pu tomber si bas ? Des  m2 inoccupés, du gaspillage d'énergie, une débauche de climatisation à l'heure où la planète souffre. La seule justification de tout ce fatras est sans doute la création d'emploi : il y a plus de personnel que de visiteurs. Et la raison d'être de cette fondation ? Sans aucun doute la défiscalisation pour un de ces géants du luxe. Beurk !

Si vous aimez l'art contemporain, comme nous à petites doses, allez à la biennale de Venise, vous en aurez pour votre argent. 

 

Fondation Prada
Fondation Prada

Fondation Prada

Une partie des billets d'entrées aux musées

Une partie des billets d'entrées aux musées

Nous quittons à regret le nid de Laura et Norma pour entamer un retour par le chemin des écoliers : René veut aller sur les traces de Madame Solario par les lacs italiens. Je lui laisse donc la plume. 

Publié dans voyages

Commenter cet article