24 heures Cronos ou le poème de l'Iliade

Publié le par kate.rene

homèreLa riche cité légendaire de Troie, sur les bords de la méditerranée (plus précisément sur la mer Egée, à l’entrée de l’Hellespont), appelée Ilion, d'où la dénomination d'Iliade, est gouvernée par le Roi Priam, père d'Hector et de Paris (ou Alexandre). Ce dernier a enlevé la Belle Hélène au roi de Sparte en Grèce, Ménélas. C'est la cause de la guerre de Troie. 

 

L'Iliade raconte un des épisodes de cette guerre en 24 chants. L'action de ce grand poème épique se déroule sur un seul lieu au pied des murs de Troie. Ce vaste champ de bataille voit combattre d'innombrables figurants dans d'incessants combats au corps à corps, souvent sanglants, pouvant faire pâlir de jalousie toutes les super productions hollywoodiennes.

 

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Deux héros, cependant, se détachent très nettement :

pour les grecs (les Achéens), Achille, dit aux pieds légers, et pour les Troyens, l'Illustre Hector, frère de  Pâris. Ce dernier, responsable de l'enlèvement d'Hélène, et le mari trompé, Ménélas, occupent des rôles secondaires. 

 

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En dehors de ces humains, ou mortels, qui se livrent des combats "homériques", il y a les immortels : les Dieux. Ils sont partout, ils savent tout ce qui se passe sur la terre, ils interviennent quand ça leur chante, ils partagent les mêmes qualités et les mêmes défauts que les mortels. Ils sont dominés par le Dieu des immortels et des mortels, "l'assembleur des nuages", Zeus, fils de Cronos. Les trois fils de Cronos se sont partagés l'univers, Zeus, le ciel, Poseidon, les océans, Hadès, les enfers. 


Tous les participants de cette "épopée homérique" sont réunis, que la bataille commence ! Et là, il faut lire ce texte extraordinaire écrit il y a presque trente siècles !

Cette lecture gagne à l'être à haute voix, ce qui était son but à l'origine, puisqu'il s'agit de chants. La déclamation renforce son côté dramatique et grandiose. 

 

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Polydore, fils de Priam, tué par Achille "il croule, gémissant, sur les genoux"


Dans le texte, il y a quelque chose qui frappe immédiatement et dont la répétition atteste de son rôle essentiel : le thème des genoux ! Parmi les expressions, maintes fois répétées, on trouve : naturellement les genoux au sens propre, mais aussi les genoux, siège de la vitalité et de la force, ou bien, serrer les genoux de quelqu’un, en signe de supplication, ou bien dans le vers 338 du chant XXII, "J'en appelle à ton âme, à tes genoux, à tes parents.", supplique du troyen Hector au grec Achille.

 

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Le genou chez Homère a valu de nombreux écrits. D'après le dictionnaire complet d'Homère et des homérides, on note les remarques suivantes : les anciens regardaient les genoux comme le siège principal de la force du corps ; les suppliants avaient coutume d'embrasser les genoux de celui qu'ils voulaient fléchir ou toucher ; l'idée de pouvoir, des dieux en particulier, étant exprimée par celle des genoux...

Dans l'inventaire du texte, on trouve 79 occurrences du mot genou dans l'Iliade et 55 dans l'Odyssée, soit 134 au total. 


Si on se réfère à nos pratiques actuelles de l'utilisation du mot genou, on est surpris de son extraordinaire présence comme support de nos sentiments et de notre vitalité : être sur les genoux, être fatigué, avoir quelqu'un sur ses genoux, exprime l'amour, avoir les genoux qui tremblent, exprime la peur, mettre quelqu'un à genoux, exprime la victoire, les genoux en compote, exprime la faiblesse, avoir mal aux genoux, attention l'arthrose me guette et la vieillesse commence, etc... (si vous en trouvez d'autres, merci de nous les envoyer).

Pour Homère et dans la tradition de son époque, les genoux étaient le siège de la vitalité et de la force. 

Alors asseyez-vous, mettez le livre sur vos genoux, et commencez à le lire à haute voix ! Vous plongerez dans l'univers de la mythologie grecque... Un régal.

 

Homère, L'Iliade, traduit du grec par Frédéric Mugler, 1995 - ISBN 978-2-7427-0580-1

 

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Héra et Zeus

 

La poésie du texte doit beaucoup aux noms et aux qualificatifs récurrents qui leur sont attribués.

Les mots et les paroles sont toujours "ailés", Zeus, le cronide est "l'assembleur des nuages", "le grand tonneur", "le maître des nuées", Héra, soeur et épouse de Zeus (leurs rapports sont souvent explosifs) est Héra "la déesse aux bras blancs","aux grands yeux", Poséïdon "l'immortel aux crins d'azur" est "le grand ébranleur du sol", "l'ébranleur de la terre", Arès "l'ardent Arès", "le violent Arès", "le lutteur", "le pasteur des hommes", Athéna "aux yeux pers", "le divin Héraclès", "l'illustre Apollon", "Artémis aux flèches d'or"; pour les grecs, "Ménélas aux cris puissants", "le bouillant Achille, chef des Myrmidons", "Nestor, roi de Pylos, le vieux conducteur des Argiens, le grand dompteur de cavales"; pour les Troyens, "le divin Hector, casqué de bronze", "Énée aux pieds légers", Polydamas le preux, etc.

 

Tous les héros dits "mortels" ont une ascendance divine, ce qui, il faut bien le dire, contribue au bazar ambiant, chaque dieu intervenant pour son champion, d'un côté ou de l'autre. Ils changent même d'avis, ce qui n'arrange rien. Par exemple Thétis, la néréide aux pieds d'argent demande à Achille (son fils) de ne plus se mêler des histoires des grecs. Elle va voir Zeus pour qu'il donne la victoire aux Troyens. Zeus, pas d'accord ! Aphrodite prend le parti de Pâris alors qu'Héra et Athéna se rangent contre lui (à cause du jugement de Pâris ayant jugé Aphrodite la plus belle). Arès, le dieu de la guerre s'allie comme toujours à Aphrodite tandis que Poséïdon soutient les grecs, peuple marin et grand navigateur.

 

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Apollon s'intéresse à Hector. Il aide donc les Troyens. Artémis, sa soeur jumelle, fait pareil.

Dans l'ensemble Zeus préfère les Troyens, mais reste neutre car sa femme Héra se montre très désagréable quand on s'oppose à elle ouvertement. Scène de ménage. Mais Thétis insiste. Et Zeus fléchit. Héra se fâche. Zeus menace de la battre si elle continue. Finalement elle se tait. Mais elle continue à oeuvrer dans l'ombre pour circonvenir Zeus. Bref, c'est la guerre dans l'Olympe. 

 

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Le rachat du corps d'Hector


Pour conclure, ce sont les femmes qui mettent la pagaille et engendrent la guerre, et les hommes sont contents de la faire !

 

Nous entamons l'Odyssée...

 

 

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H 06/02/2014 01:51


Je me mets à genoux devant cet article !


(je ne saurais trop vous conseiller la traduction de Jaccottet pour l'Odyssée)

kate.rene 06/02/2014 10:44



Merci pour le renseignement. À QUAND LE PROCHAIN CARNET ???