Venise, de Giacomo Casanova à Ezra Pound

Publié le par kate.rene

 

 

Une semaine de folies vénitiennes, une semaine de Ponte, Calle (ruelle), Fondamenta (ruelle en bordure de canal), Sottoportego (passage couvert), Ramo (ruelle généralement en cul-de-sac, Chiesa (église), Canal, Traghetto (sorte de gondole qui ne fait que traverser d'une rive à l'autre du Grand Canal), Vaporetto (bus sur l'eau), Corte (courette), Riva (en bordure des grands canaux), Palazzo, Campo (place plus grande que la Corte), Rio (Canal), Rio Terra (canal recouvert en dur) une semaine de montées et descentes de marches (il y en a plus de 90 rien que pour rejoindre notre "nid caché"). Nos articulations s'en souviennent. chez-nous.jpgPlusieurs livres nous ont accompagnés dans ce voyage. Outre l'indispensable Routard, nous avions emporté le Berendt qui décrit une grande partie de la société vénitienne d'aujourd'hui. Ce livre a pour fil rouge l'incendie de la Fenice en 1996 et retrace les grandes et petites histoires de Venise. DSCN5383Dans la valise, il y avait aussi un polar de Donna Leone, un autre de Carlo Fruttero, l'histoire des Carpaccio de la Scuola San Georgio dei Greci par Michel Serres, 13 ballades dans Venise et quelques autres encore, ce qui ne nous a pas empêchés de fouiner dans les librairies. Nous y avons trouvé notre nouveau livre de lecture à haute voix : Ma fuite des prisons de Venise par Giacomo Casanova, éd. lineadacqua. Un modèle d'écriture. Et pour qui a déjà fait la visite des passages secrets du Palais des Doges, c'est un régal. Nous avions aussi beaucoup parlé d'Ezra Pound avec nos amis de Vézelay et su par John Berendt qu'il avait vécu de longues années à Venise avec sa maîtresse Olga Rudge. Nous avons consacré une heure ou deux à chercher son repaire, à deux pas de la Fondation Peggy Guggenheim. À force d'acharnement, nous l'avons trouvé, près de la Fondamenta Ca' Balà. Le premier soir, La Traviata modèle réduit (quatuor à cordes et un piano pour l'orchestre et six chanteurs) dans un lieu magnifique : La Scuola Grande San Giovanni l'Evangelista où siège l'Opera House. Il a plu des cordes mais seulement pendant le spectacle.

marche-poissons.jpgSamedi, c'est jour de marché au Rialto. Je me suis levée presque tôt, eh oui. L'appel du poisson, des légumes frais, du parmesan et du coup de blanc sur la place de la Bella Vienna. Les étals des poissonniers sont renversants. La bête est fraîche, l'oeil est brillant et la variété infinie. On a juste acheté deux steaks de thon rouge (oui, je sais...),  carciofi (artichauts),  patate, ed insalata mista. À la Casa del Parmigiano, pasta al tartufo, mortadella, prosciutto, mozarella, et autre formaggio. Pendant que je tentais de baragouiner en italien (le marchand m'a répondu au bout d'un quart d'heure en parfait français !) René inspectait la vitrine et il y a découvert ... Un Vézelay, le fromage qu'on ne trouve qu'à Avallon et dans les environs. DSCN5363

Le dimanche, c'était l'anniversaire de mon chéri. Pour fêter ça, nous sommes allés à la messe de Pâques (sic), mais pas n'importe où : en dehors des visites, on peut entrer par une porte dérobée sur le côté à la Basilique San Marco ; le prix à payer, c'est la messe, mais pour le reste, on peut admirer en toute tranquillité et sans se faire bousculer par les hordes de japonais les mosaïques, les fresques, l'architecture et le tout, gratos ! Puis, sur les traces d'Hemingway, nous avons cassé la tirelire pour déguster un Bellini au Harry's Bar. Le Bellini est un mélange de Prosecco, vin pétillant vénitien et de jus de pêche de vigne frais. Nous avons visité le musée Correr en évitant soigneusement les salles Napoléon, ce prédateur de Venise qui pour un peu aurait rasé la ville. Magnifique expo temporaire de dessins inédits du XIXe siècle vénitien en particulier de Giacomo Favretto qui a croqué ses contemporains dans les bistrots de la place St Marc.

favretto

Nous sommes retournés au Palazzo Fortuni. Un peu déçus : au premier étage, une exposition de tissus et vêtements, créations de Fortuni, au second, collection d'armures de samouraïs. Le troisième étage était fermé.

Lundi un peu plus tranquille. Grasse matinée et recherche de la maison d'Olga Rudge et Ezra Pound, visite de la Cà' Rezzonico où nous avons vu trois magnifiques Canaletto (les seuls que possède Venise)canaletto.jpg

Mardi, les îles. Burano dont les maisons sont peintes à l'origine de couleurs différentes par les femmes des marins pour que ceux-ci reconnaissent la leur en rentrant dans la brume de la lagune. Depuis, les propriétaires sont tenus de repeindre chaque année et toujours de la même couleur sous peine d'amende. Le résultat est saisissant. Burano est surtout célèbre pour sa dentelle et son point "en l'air", à l'aiguille. Louis XIV a fait venir en France des dentelières de Burano dans un atelier à Alençon. Et nous nous sommes approprié cette façon de faire sous l'appellation de Point d'Alençon. DSCN5415DSCN5416DSCN5413DSCN5411

De Burano, une navette mène en cinq minutes à Torcello, le jardin de Venise qui a compté jusqu'à 20 000 habitants, une dizaine d'églises et un siège épiscopal au XVIe siècle. La malaria fit fuir les habitants qui se réfugièrent à Venise. La Catedrale Santa Assunta mérite à elle seule le détour. Merveille de style vénéto-bysantin.santa-assunta.jpg Mosaïques d'or et pavements superbes. Au retour nous passons devant la librairie française où nous craquons pour Les ailes de la Colombes de H. James, les itinéraires de Corto Maltese et les Cantos d'Ezra Pound (la lecture n'est pas facile et il semblerait que ce monsieur ait un peu trop fumé la moquette, pardon pour les puristes). Extrait :

"Si bien qu'à la fin ce misérable avorton racleur de fonds

de marmites Andreas Benzi da Siena

Se leva afin de dégoiser les sornettes

Que ce monstre d'enflure de f.d.p.

Papa Pio Secundo

Aeneas Silvius Piccolomini

da Siena

Lui avait ordonné de cracher un excellent latin à la graisse d'ours."...

Le soir, nous étions invités chez notre amie Sophie Franza à la Giudecca. Agneau et compote. Retour tard, traversée magique dans une Venise pas très éclairée. Seuls quelques réverbères jalonnent les bords du canal de la Giudecca et du Grand Canal. Les monuments restent dans l'ombre. Seule, la pub qui défigure le Palais des Doges, côté Pont des soupirs est sous le feu des projecteurs. Nous terminons notre yam avant de nous jeter sous la couette.

 

Mercredi, dernier jour. Nous avons projeté de partir au Lido faire une balade en vélo, via San Lazzaro degli Armeni. Vaporetto n° 20 depuis San Zacharia. Nous avons mal lu les pancartes. Arrivés à bon port à San Lazzaro, nous nous retrouvons seuls sur une minuscule île, au milieu d'un grand jardin. Un cerbère peu commode nous refoule à l'entrée du monastère : la visite est à 15 heures 30. Avant cela, pas possible d'entrer. Nous faisons rapidement le tour de l'îlot et attendons le vaporetto suivant. pano-san-lorenzzo.jpgAu bout d'une heure, l'inquiétude nous prend et nous allons vérifier les horaires. Rien avant 14 heures 45. Nous avons lu James en fumant des clopes au soleil. Quand le vaporetto est arrivé, ne lâchant que deux autres pélerins qui avaient dû se tromper comme nous, il  n'y avait plus que 3/4 d'heure avant la visite. Nous avons décidé d'attendre. Il était trop tard de toute façon pour le Lido. Et nous avons bien fait. Visite particulièrement intéressante, histoire des Arméniens et des prêtres mékhitaristes qui sont installés sur cette île (qui abrita une léproserie) depuis le XVIIIe siècle. Une pièce y est consacrée à Byron qui y séjourna. Les collections du monastère (peintures, sculptures, objets de diverses cultures dont une momie, une boule de Canton, sphère en renfermant dix autres sculptées dans de l'ivoire, livres et manuscrits enluminés, incunables de toutes provenances) sont des dons de visiteurs prestigieux : monarques, papes, etc. C'est un immense cabinet de curiosités dont on ne peut visiter qu'une partie. L'église décorée de mosaïques aux couleurs vives date du XIIe. Napoléon, encore lui, avait décidé de fermer églises et monastères. Les prêtres ont transformé leur appellation de monastère en centre dédié aux sciences et à la littérature. Grâce à cette supercherie, on leur a laissé leur indépendance.

Nous avons repris le vaporetto de 16 heures 15, bu un dernier capuccino, remonté les 90 marches pour récupérer nos valises, repris le taxi, regagné l'aéroport, pris une légère collation arrosée des derniers prosecchi. Nous n'avons pas fait tout ce que nous voulions. Il nous faudra donc y retourner.

Addendum : Si la foule vous rebute et que c'est une des raisons qui vous ont fait éviter Venise, regardez l'album "Venise Déserte" (lien en haut à droite, sous le calendrier).

Publié dans VENISE

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Cla 09/04/2010 15:26


Ca vaut le coût d'attendre un mois pour un post, ça. C'est magnifique, tentant, passionnant... et très agaçant.
With love from me to you.