Milano
Nous retrouvons rapidement nos marques. Norma nous accueille toujours aussi gentiment.
Nous apprenons qu'il faut payer une taxe pour entrer dans la zone C. C'est un peu compliqué, mais nous avons compris le pourquoi de l'amende que nous avons payée l'an dernier.
Mercredi, nous partons à la découverte de l'église Sant'Ambrogio. Malheureusement, nous arrivons en plein service funèbre. Nous assistons donc à la messe pendant un bon quart d'heure et attendons que la nef se vide pour faire le tour des cose da vedere. Belles fresques, une chaire sculptée, une chapelle avec coupole en mosaïques, une crypte garnie comme il se doit de la relique de Sant'Ambrogio. L'église est dotée de deux campaniles, l'un érigé par les moines et l'autre par les chanoines, visiblement bien plus riches. Le premier n'est plus de la première fraîcheur et fait deux étages de moins que le second qui est en bon état.
À la sortie, le guide Jonglez nous parle d'une colonne de marbre qui porte la trace des cornes du diable. Selon la légende, après s'être longtemps évertué à faire succomber saint Ambroise à la tentation, le démon en serait venu, dans son exaspération, à essayer de transpercer le saint avec ses cornes. L'ayant raté, il les aurait enfoncées dans la colonne, puis, après avoir en vain tenté de se libérer, le malin se serait transformé en souffre et aurait disparu. Cette colonne a été en vérité utilisée pour le couronnement des empereurs germaniques.
Jeudi, le ciel est bleu, le soleil brille. Nous partons pleins d'espoir à la recherche de miracles. Il n'y en a pas eu.
Il y a en l'église de Santa Maria dei Miracoli sopra San Celso une icone de la vierge recouverte d'un voile. À la fin du XVe siècle, une épidémie de peste faisait fureur à Milan. Un soir de décembre le voile qui recouvrait le tableau représentant la vierge et l'enfant Jésus fut écarté par la vierge de la peinture. Là, l'épidémie ralentit, puis cessa. Les pèlerins commencèrent à affluer et l'on dut construire un sanctuaire pour les accueillir.
À l'intérieur de l'église se trouve une fresque du XIVe venant de la petite église préexistante. C'est encore une vierge à l'enfant, entourée des saints Nazaire et Celse. En 1620 des fidèles ont vu la vierge ouvrir et fermer les yeux. Il y en a même un qui a vu une larme couler (on l'appelle maintenant la Madonna del pianto). Évidemment, des malades des yeux furent guéris après avoir vu la fresque.
Malheureusement, nous n'avons, nous, rien pu voir car l'église était fermée.
Dans la petite église attenante de San Celso, désaffectée, quelques œuvres d'arte contemporaneo.
Nous montons dans un tram vers le duomo avec l'intention de retourner au musée du Novecento. Nous sommes refoulés à l'entrée. Il y a une visite privée et le musée n'ouvrira qu'à 16 heures 30. Nous cherchons donc une table et deux chaises pour boire un café. Nous sommes alpagués par une femme qui nous brandit une carte sous le nez. La terrasse n'est pas terrible, mais on peut s'asseoir et fumer. Dix minutes plus tard...
Le dernier échec : la station du tram 3 est momentanément hors service. Il pleut toujours, nous sommes fatigués, nous rentrons en taxi.
Vendredi, coraggio, il tempo non è bello. Direction il Museo del Novecento que nous avons manqué hier. Les salles d'expositions sont disposées autour d'une spirale en pente douce. Peu de monde. La peinture italienne de la fin du XIXe à nos jours y est évidemment abondamment exposée. Mal connue en France, elle nous rappelle qu'elle n'a rien à envier à nos peintres à nous. Umberto Boccioni, Carlo Carrà, Mario Sironi, etc.
Nombreuses œuvres de Giorgio de Chirico, Modigliani, Giorgio Morandi.
Nombreuses sculptures de Marino Marini. Un petit cheval et cavalier de bronze semble être le modèle réduit de celui qui se trouve devant le Guggenheim de Venise.
Samedi, direction la Brera. Nous déjeunons à deux pas dans le petit restaurant sicilien, caponata, pasta et cannolo.
Dans la cour du musée nous nous heurtons à la statue du brigand corse, à poil, totalement idéalisé puisqu'il semble immense. Le bronze est le pendant du marbre de Canova exposé à l'intérieur du musée avec cette légende surprenante : Napoleone come Marte pacificatore ! Napoléon pacificateur ?
Que de merveilles. Pour ne citer que les plus célèbres, Giovanni Bellini, Carpaccio, Mantegna, Longhi, Canaletto, Tintoret, Véronèse, Raphaël, le Caravage, Lorenzo Lotto, Cima da Conegliano, etc. Et parsemées ça et là, des œuvres d'art moderne, Picasso, Braque, Morandi, Modigliani
Sur cette fresque de Donato Bramante (1444-1514) intitulée Eraclito e Democrito, on peut voir un étonnant globe terrestre, exemple intéressant du monde connu à la fin du XVe siècle. Eraclito pleure et Democrito sourit. Une hypothèse prête aux visages des philosophes les traits de deux artistes présents à Milan à cette époque : Léonard de Vinci et Bramante lui-même.
En relisant Le nom de la Rose, nous nous sommes intéressés à l'invention des lunettes de vue... Sur cette toile de Luca Giordano datant de 1659-1660, on peut en voir une magnifique paire. Nous en avions vu un autre exemple dans un tableau de Zurbaran lors d'une exposition au Palazzo dei Diamanti à Ferrare en 2013.
Le parcours se termine en beauté avec Le baiser de Francesco Hayez. Picasso, lors de sa visite à Milan demanda s'il pouvait toucher la robe de la jeune femme, persuadé qu'il s'agissait d'un collage réalisé avec de la soie. D'ailleurs, sous le tableau, le musée a installé un échantillon de soie bleue que l'on invite à toucher.
À côté de l'original, on peut voir sur un tableau de Gerolamo Induno, Triste pressentiment, la reproduction du Baiser. La jeune fille tient un objet qui doit lui rappeler son amoureux parti combattre aux côtés de Garibaldi dont le buste est visible dans une niche derrière le lit. C'est un épisode du Risorgimento.
Notre séjour milanais se termine. Nous allons rentrer sur nos terres. La lingua italiana va nous manquer.